Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/48

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un dernier coup d’œil vers la horde attablée, il regagna, en trottant, les plus proches sapins. Avant de s’y enfoncer, il se retourna et s’aperçut que Louve Grise, c’est ainsi que nous l’appellerons désormais, le suivait.

Elle n’était qu’à quelques yards de lui et continuait à avancer, avec un peu de timidité. Quelque chose qui n’était ni l’odeur du sang, ni le parfum des baumiers[1], ni l’arôme résineux des pins, flottait dans l’air, sous les claires étoiles, dans le calme apaisant de la nuit. Et ce quelque chose émanait de Louve Grise.

Il la regarda dans les yeux et il vit que ces yeux paraissaient l’interroger. Elle était à peine adolescente. Sur sa tête et sur son dos brillaient, sous la lune, ses poils lisses et soyeux. Elle lut, dans le regard étincelant de Kazan, son étonnement, et gémit doucement.

Kazan fit quelques pas en avant, Il appuya sa tête sur le dos de Louve Grise et sentit qu’à son contact elle tremblait. Le mystère de la nuit et des astres était sur eux. Maintenant elle avait tourné son museau vers les plaies de Kazan et les léchait, pour en apaiser la douleur. Il songea à d’autres caresses qui lui avaient été bienfaisantes aussi.

Bientôt, le dos fièrement hérissé, la tête haute, il s’enfonçait, côte à côte avec Louve Grise, plus avant sous les sapins.

  1. On donne ce nom à des arbres qui sécrètent le « baume », espèce de résine particulièrement odoriférante.