Page:Cuvier - Recueil des éloges historiques vol 1.djvu/209

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée



Rien dans son caractère personnel ne semblait fait pour attirer de telles inimitiés. Ses controverses n'influaient point sur ses sentiments, et il fut, par exemple, toujours ami du docteur Price, quoiqu'ils aient souvent écrit l'un contre l'autre. Loin qu'il eût dans les manières quelque chose de haut ni de turbulent, on retrouvait dans sa conversation toute la modestie de ses écrits, et rien ne lui était plus aisé à dire que ces mots, je ne sais, qui coûtent tant à prononcer à la plupart des savants de profession. Sa physionomie portait plutôt l'empreinte de la mélancolie que celle de l'inquiétude ; et cependant il ne craignait point de se trouver avec quelques amis, ni de porter une gaieté douce dans ce commerce intime. Cet homme, si profond en divers genres de sciences, passait chaque jour plusieurs heures à enseigner de jeunes enfants. Ce fut toujours l'occupation qui l'attacha le plus, et ses disciples le vénèrent encore avec une tendresse filiale, plusieurs même avec un véritable enthousiasme.

Mais aucune considération ne pouvait l'arrêter quand il croyait avoir quelque vérité à défendre ; et ce trait de caractère si respectable en lui-même anéantit l'effet de ses qualités aimables, et fit le tourment de sa vie, parce qu'il le porta jusqu'à l'exagération, parce qu'il oublia que le raisonnement n'est que le moindre des moyens nécessaires pour faire prévaloir parmi les hommes des opinions qui blessent leurs habitudes ou leurs intérêts du moment.