Page:D'Ornano - L'escompte du bonheur - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 01 sept 1906.djvu/10

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Les courtes vacances de Marguerite Nadeau tiraient à leur fin. Peu à même de goûter la poésie rurale, fatiguées de la campagne, les deux commises de son magasin, qu’elle avait emmenées pour lui tenir compagnie, comptaient les jours les séparant du retour à la ville, s’ennuyaient de leurs « cavaliers ».

Au vrai, les fonds du trio féminin baissaient rapidement. Ces demoiselles, dans un pays dont la population ne reconnaît point de castes, voulaient bien jouer aux grandes dames, mais elles s’apercevaient que ce rôle ne pourrait être long.

Un roman-feuilleton sur les genoux, nonchalantes, elles tuaient le temps sous les maigres ombrages des ormes avoisinant l’hôtel choisi par la caissière.

Rarement, et ne suivant pas en cela l’exemple donné par les Anglaises de l’endroit, les Canadiennes faisaient de longues marches à pied. Elles ne s’en exposaient pas moins au soleil, pour acquérir le teint hâlé, chic, qu’elles promèneraient fièrement, bientôt, parmi le monde des petites gens où allait les replonger le travail quotidien. Avec quel orgueil ne raconteraient-elles pas leurs impressions de campagne, ne fe-