Page:D'Ornano - Le choix d'Agnès - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 11 août 1906.djvu/10

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servi sur la pelouse, devant la villa. De temps en temps, le menu, vraiment bien choisi, appelait les compliments des convives ; ils les débitaient brièvement, par politesse de convention, évitant soigneusement toute conversation.

Vint l’heure du départ, les visiteurs s’acheminèrent à pied vers la gare, proche à en dédaigner les autos que M. Onésime Duprat mettait à leur disposition. Là, une foule consternée attira l’attention des hôtes de Beauséjour. Informations prises, on sut qu’un « tramp » gisait blessé par un train de marchandises, près d’une pile de traverses, à deux pas de la voie de garage.

Immédiatement, conjectures et réflexions de s’entrecroiser sur place. Silencieuse, Mlle Duprat les écoutait, s’intéressant surtout au dire des hommes, qu’elle étudiait en toutes circonstances.

Tante Victoire, M. Latulipe, M. Philidor Planché, et, cela va de soi, Mlle Alphonsine Latulipe, non seulement ne plaignaient guère le chemineau mis à mal, mais, même, désiraient un pareil sort à tous ses semblables. Par contre, le père d’Agnès et M. Fortin s’apitoyaient, compatissaient à la douleur du malheureux. Ce faisant, l’avocat conquit l’estime de Mlle Duprat, dont le bon cœur se révoltait d’entendre les propos égoïstes, inhumains, de quelques-uns de ses riches amis.

Sur une remarque bienveillante du banquier, M. Fortin fit placer le chemineau dans l’express, qui, au son d’une assourdissante cloche, stoppait cinq minutes à Ste-Rose ; assurant, en outre, qu’il enver-