Page:Déguignet - Mémoires d un paysan bas breton.djvu/72

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Moi-même, dit-il, je suis loin d’être un calligraphe ; c’est un travail de copistes, de jeunes gens qui ont passé dix ans chez les Frères à faire des bâtons et des jambages, sans avoir appris un mot d’orthographe, d’histoire ni de géographie.

Il me demanda ensuite si j’avais de la mémoire :

— Tant qu’à ça, mon ami, je puis vous le garantir et je pourrais vous en donner des preuves sur-le-champ. J’ai retenu toute la théorie de l’école du soldat, qu’on me rabâchait du reste dix fois par jour, lorsque je faisais mes premiers débuts à Lorient, et je pourrais vous raconter toutes les histoires que vous nous avez racontées ici, si j’avais le talent et l’habitude d’employer les expressions dont vous vous servez si bien.

Il voulut me mettre à l’épreuve et fut très étonné. A dater de ce moment, nous devînmes deux intimes, deux inséparables ; il se faisait un plaisir d’être mon instituteur, et moi plus encore d’être son élève. Ce fut le premier et presque le seul précepteur que j’aie eu de ma vie, hélas ! pour trop peu de temps. C’est lui qui m’a initié à toutes les sciences dans lesquelles j’ai pu, plus tard, seul, avec le temps, avancer un peu.

La première chose que je lui demandai, ce fut de m’apprendre à calculer. Je ne savais pas encore le nom de l’arithmétique. Aussitôt, avec son crayon, il me fit un petit carré de chiffres, la fameuse table de Pythagore, en me disant d’apprendre cela par cœur. Je ne fus pas long à apprendre cette table, ni l’addition et la soustraction ; d’abord, avec les explications et les démonstrations qu’il me faisait, il était impossible, à moins d’être complètement bouché, de ne pas arriver vite à tout comprendre. La multiplication et la division me tinrent plus longtemps. Entre temps, il entreprit de m’apprendre un peu d’histoire, car il en savait, mon jeune ami : c’était un véritable érudit, un puits de science.

Il me dit d’abord que ce qu’on apprenait alors dans les écoles primaires sous le nom d’histoire sainte, n’était qu’une suite de légendes :

— Moi, je vais vous donner de la vraie histoire, constatée et attestée par des empreintes ineffaçables.

Il commença par la Perse, la Grèce, Rome et Carthage, la