Page:Désorgues - Voltaire, ou le Pouvoir de la philosophie, 1798.djvu/15

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Suivi d’un long cortège il sort du monastère,
Et posant sur le char le cercueil de Voltaire :
Consolez-vous, dit-il, généreux habitants,
Notre hôte dans Paris retourne après vingt ans ;
Un décret l’a vengé des attentats de Rome,
Et l’immortalité nous ravit le grand homme.
Rendons à la patrie, aux arts, à l’amitié,
Cet auguste dépôt qui nous fut confié :
Sa mémoire toujours habitera ce temple :
Vous avez son tombeau, ses écrits, son exemple,
Ce flambeau qui du temps bravera le courroux ;
Tout ce qui ne meurt point reste encor parmi nous.
À ces mots d’une larme humectant sa paupière,
Du sage à son disciple il remet la poussière.
Celui-ci plein de joie embrasse le vieillard,
Et donne au voyageur le signal du départ.

Seize éclatants coursiers aussi blancs que la neige
Traînent le char suivi d’un immense cortège.
Ce convoi d’aucun deuil ne fatiguait les yeux ;
On n’y remarquait point ces étendards pieux,
Ces bannières, ces croix, et ces clartés funèbres
Qui du trépas encor redoublent les ténèbres ;
Là seuls de la patrie ondoyaient les drapeaux ;
Les sages réunis des deux mondes rivaux,
Précurseurs de Voltaire, appelaient les hommages,
Confondaient à-la-fois leurs écrits, leurs images,
Et couvrant de leurs noms cette solemnité,
L’environnaient de joie et d’immortalité.
Au milieu s’avançait le vieillard de Celliere
Agitant dans ses mains le flambeau de Voltaire.