Page:Désorgues - Voltaire, ou le Pouvoir de la philosophie, 1798.djvu/16

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Ce flambeau poétique à jamais renaissant,
De la philosophie ingénieux présent,
Qui soumettait le monde aux filles de mémoire
Et du grand homme au loin réfléchissait la gloire.
Que ne peut en ce jour son éclat souverain,
Des chefs-d’œuvre du sage assemblage divin !
Tout s’anime à sa vue et brûle d’harmonie.
O spectacle sublime ! À ce feu du génie
Reparurent soudain les descendants de Mars.
O Tibre, tes consuls frappèrent mes regards :
Je vis tes sénateurs dans leur marche imposante
Rouler au loin les flots de leur pourpre éclatante ;
Je vis les deux Brutus, honneur du nom romain,
S’avancer près du char un poignard à la main.
Un poignard ! ah ! cachez cette arme meurtrière !
Oui sans doute un tyran dut mordre la poussière ;
Mais faut-il de Voltaire ensanglanter le deuil ?
Voyez l’humanité conduire à son cercueil
Des Calas, des Sirven la famille éplorée,
Qui couronne de fleurs son image adorée.
Quelle fête touchante ! auprès du bienfaiteur
Voyez la larme à l’œil sourire le malheur ;
En marchant près du sage ils semblent tous l’entendre,
Tous veulent de la main toucher encor sa cendre.
O Calas ! O Sirven ! vieillards infortunés,
Par l’aveugle Thémis à l’échafaud traînés,
De vos fils vertueux vous bénîtes l’ivresse,
Et mêlâtes vos voix à leurs chants d’alégresse.

Les peuples étonnés viennent de toutes parts
De cette pompe auguste enivrer leurs regards ;