Page:Désorgues - Voltaire, ou le Pouvoir de la philosophie, 1798.djvu/26

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Le désespoir domte ses sens ;
Du sage elle embrasse la tombe,
Elle pâlit, chancelle, tombe,
Et l’air gémit de ces accents :

Le ciel me sourit : j’étais mère,
Jeune ; je ne crus pas Rousseau,
Mon fils suça dans le berceau
Le lait vénal d’une étrangère ;
Il expira : de mon malheur
Rousseau console ma vieillesse,
Et je proclame sa sagesse
Par l’hommage de ma douleur.

Soudain des larmes éloquentes
Renaissent dans ses yeux taris.
Que de cœurs émus ! que de fils
Lèvent leurs mains reconnaissantes !
Viens, viens, souris à ces tributs,
Rousseau : tous les âges te louent,
Et tous nos sentiments avouent
Et tes bienfaits et tes vertus.

Ah ! tombez aux pieds de ce sage,
Femmes, enfants, vieillards, guerriers ;
De fleurs, de chêne et de lauriers
Courez enlacer son image ;
Et chantant ses aimables airs,
Délassement de son génie,
Faisons redire à Polymnie
Le plus touchant de ses concerts.