Page:D’Alembert - Œuvres complètes, éd. Belin, I.djvu/464

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SUR LA CAUSE

que la masse d’air occidentale sur laquelle le soleil n’a point encore passé ; elle doit donc, en se dilatant, pousser vers l’occident l’air qui la précède, et produire par ce moyen un vent continuel d’orient en occident sous la zone torride. J’avoue que la différente chaleur que le soleil répand dans les parties de l’atmosphère, doit y exciter des mouvemens : je veux bien même accorder qu’il en résulte un vent général qui souffle toujours dans le même sens, quoique la preuve qu’on en donne ne me paraisse pas assez évidente pour porter dans l’esprit une lumière parfaite. Mais si on se propose de déterminer la vitesse de ce vent général, et sa direction dans chaque endroit de la terre, on verra facilement qu’un pareil problème ne peut être résolu que par un calcul exact. Or les principes nécessaires pour ce calcul nous manquent entièrement, puisque nous ignorons et la loi suivant laquelle la chaleur agit, et la dilatation qu’elle produit dans les parties de l’air. Cette dernière raison est plus que suffisante pour nous déterminer à faire ici abstraction de la chaleur solaire ; car comme il n’est pas possible de calculer avec quelque exactitude les mouvemens qu’elle peut occasioner dans l’atmosphère, il faut nécessairement reconnaître que la théorie des vents n’est presque susceptible d’aucun degré de perfection de ce côté-là.

Si nous ne pouvons soumettre au calcul les vents que la chaleur du soleil fait naître, quoique réguliers et constans en eux-mêmes, à plus forte raison ne devons-nous point entreprendre de chercher quels dérangemens peuvent exciter dans l’air les variations accidentelles du chaud et du froid, produites, ou par l’élévation des vapeurs et des nuages, ou par d’autres causes inconnues, qui n’ont aucune loi certaine. À l’égard des irrégularités des vents, occasionées par les montagnes, et par les autres éminences qui se rencontrent sur la surface de la terre, on ne saurait disconvenir que ces irrégularités ne suivissent un ordre constant, si les vents n’étaient d’ailleurs produits que par une cause périodique et uniforme. Mais quand on fera attention, soit aux calculs impraticables dans lesquels une pareille considération doit jeter, soit au peu que l’on connaît de la surface du globe terrestre, en un mot, comme s’expriment les géomètres, au peu de données que l’on a pour résoudre un tel problème, on reconnaîtra sans peine que les recherches les plus profondes sur cette matière doivent aboutir tout au plus à des résultats fort vagues et fort imparfaits. Par conséquent l’objet le plus étendu, et peut-être le seul qu’on puisse espérer de remplir, c’est de déterminer les mouvemens de l’air, dans l’hypothèse que la surface du globe soit entièrement régulière,