Page:D’Alembert - Œuvres complètes, éd. Belin, II.djvu/100

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tant le mépris que j’ai eu le malheur de témoigner pour ces inepties, qui m’a valu de la part des jansénistes tant d’invectives ; voilà pourquoi ils m’appellent dans leurs brochures, Rabsacès, Philistin, Amorrheen, suppôt de Satan, enfant du diable, bête puante, et ainsi du reste : voilà ce qui les met en fureur, jusqu’à me dénoncer aux magistrats comme un athée, pour avoir dit que le Dieu des jansénistes est un maître qu’ils se donnent à leur choix : le genre humain serait en effet bien à plaindre, si ce maître était tel qu’ils le font, absurde et barbare comme eux.

Cependant le croiriez-vous, monsieur ? avec une semblable théologie, et surtout une semblable logique, ces jansénistes s’imaginent être redoutables ; ils sont persuadés que la philosophie moderne ne les poursuit que par la crainte qu’ils lui inspirent ; ils peuvent se tranquilliser ; si la philosophie les peint au naturel, c’est par l’intérêt qu’elle prend à la vraie religion qu’ils déshonorent, et à la société qu’ils voudraient troubler ; la raison peut-elle d’ailleurs rien appréhender d’une secte dont les opinions sont faites pour être sifflées par des enfants ?

Aussi je craindrais de m’être trop étendu sur les opinions de cette secte, si ces opinions, très peu faites pour qu’on en parle, avaient eu le sort qu’elles méritent, celui d’être ensevelies dans la poussière des écoles. Mais ceux qui s’occupent de pareilles billevesées cherchent à y donner de l’importance, à jouer un rôle dans l’État, à y causer des divisions, à persécuter même ceux qui voient en pitié tant de sottises : il importe donc au bien public que ces sottises et ceux qui les soutiennent, soient connus et méprisés.

Ils commencent à l’être en effet, et à l’être au point que tout leur annonce une fin prochaine, qui n’a été retardée que par la sottise de leurs adversaires : car sottise des deux parts est ici la devise commune. Il est arrivé aux Jésuites et aux jansénistes l’aventure du chasseur et du sanglier de la fable. Le chasseur, ce sont les Jésuites, ayant jeté à terre un sanglier, et le croyant mort, a voulu encore y joindre une perdrix qui passait le long d’une haie ; cette perdrix, ce sont les gens de lettres à qui les Jésuites ont fort maladroitement cherché querelle. Pendant que le chasseur, dit La Fontaine, bande son arc pour tuer l’innocent oiseau.

Le sanglier, rappelant les restes de sa vie,
Vient à lui, le décout, meurt vengé sur son corps,
Et la perdrix le remercie.

Voilà, monsieur, comment les Jésuites sont morts : et les