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L’HOMME

ressource, dut abandonner définitivement la maison paternelle et se créer une existence nouvelle. Il lui fallait, en effet, doubler la somme de travail qu’il donnait antérieurement, en remplaçant par la quantité la qualité des leçons perdues et en se livrant à d’infimes besognes de métier ; mais, libre dès lors d’ordonner lui-même la disposition de son temps, il prit, à ce moment, la résolution de consacrer chaque jour, quoiqu’il advint, une ou deux heures soit au travail de composition, soit à la lecture d’ouvrages littéraires ou musicaux capables de lui élever l’esprit ; c’est ce qu’il appelait lui-même : « réserver le temps de la pensée ».

Jusqu’à ses derniers jours, rien ne le détourna de la pratique de cette résolution : c’est à elle que nous devons tous ses chefs-d’œuvre.

En 1851, pour la première fois, Franck tentait une entreprise qu’il ne devait renouveler que vers la fin de sa carrière, la composition d’un ouvrage dramatique, on disait alors : un opéra.

Sur un sujet hollandais, dont l’action se passait vers la fin du XVIIe siècle, Alphonse Royer et Gustave Vaes, librettistes alors en vogue, lui fournirent un canevas à musique ni meilleur ni plus mauvais que tous ceux en usage à cette époque. Plein d’ardeur, le maître se mit au travail, poursuivant sans trêve l’achèvement des