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L’ÉDUCATEUR ET L’ŒUVRE HUMAIN

Lorsqu’on avait terminé avec lui l’étude du contrepoint, qu’il voulait toujours intelligent et mélodique, et celle de la fugue dans laquelle il engageait l’élève à rechercher l’expression plutôt que la combinaison, il nous initiait alors aux mystères de la composition, entièrement basée, d’après lui, sur la construction tonale.

Aucun art, en effet, n’a plus de rapport avec la musique que celui de la construction : l’architecture. Pour élever un édifice, il est tout d’abord nécessaire que les matériaux soient de bonne qualité et choisis avec discernement, de même, le compositeur doit se montrer très difficile sur le choix de ses idées musicales, s’il veut faire une œuvre durable. Mais il n’est pas suffisant, en construction, d’avoir de beaux matériaux, encore faut-il savoir les disposer de façon qu’ils puissent, par leur cohésion, former un tout puissant et harmonieux ; des pierres, si attentivement ciselées soient-elles, ne constitueront jamais un monument si elles sont simplement juxtaposées sans ordre ; des phrases musicales, si belles qu’elles puissent être, ne constitueront point une œuvre de musique si leur place et leur enchaînement ne sont réglés par une sûre et logique ordonnance ; à ce prix seulement le monument existera et, si les éléments en sont beaux et l’ordre synthétique harmo-