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L’HOMME

plet, n’attendaient que l’arrivée des invités pour commencer. À huit heures et demie, survient un message du ministre, disant « qu’à son grand regret, il lui était impossible de se rendre à la soirée, etc., etc. » Les directeurs du Conservatoire et de l’Opéra s’étaient excusés d’avance ; quant aux grands critiques, ils étaient retenus ce soir-là par une occupation autrement importante que l’audition d’un oratorio de génie : on donnait, dans un théâtre à femmes, la première représentation d’une opérette…

Quelques-uns de ces messieurs de la presse vinrent cependant se montrer, pour fuir au bout de quelques minutes ces régions si éloignées des grands boulevards ; seuls, deux des invités restèrent jusqu’à la fin, ce furent Édouard Lalo et Victorin Joncières, qui voulurent donner à Franck cette marque de déférence.

De cette audition dont il s’était promis tant de joie, le pauvre Franck sortit triste et un peu désillusionné, non point qu’il eût perdu confiance en la beauté de son œuvre, mais parce que tous, et nous-mêmes, ses amis, — nous en faisons maintenant notre mea culpa — nous ne lui avions point caché qu’une exécution intégrale des Béatitudes au concert nous paraissait impossible ; il avait donc pris, quoiqu’un peu amèrement, son parti de débiter sa partition par