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L’HOMME

le ruban rouge ; le seul auquel ce déni de justice parut tout à fait naturel, ce fut le maître lui-même…

Nous, ses élèves, nous étions indignés et ne le cachions pas. Comme l’un de nous ne s’était point tenu d’exprimer cette indignation en présence du maître, celui-ci se contenta de dire à voix basse, comme en confidence, et avec ce sourire exquis que nous ne saurions oublier : « Calmez-vous, calmez-vous,… on m’a donné bon espoir pour l’année prochaine ! … » Ce ne fut cependant que cinq ou six ans plus tard que Franck reçut enfin le ruban de chevalier de la Légion d’honneur, quelques musicastres habitués des antichambres ministérielles ayant dû naturellement passer avant lui ; mais ce serait une erreur de croire que cette distinction fut donnée au musicien, en tant qu’auteur de belles œuvres qui honorent l’art français… point du tout ! ce fut au fonctionnaire comptant plus de dix années de services que la croix fut attribuée, et le décret du 4 août 1885 porte seulement : « Franck (César-Auguste), professeur d’orgue ». Le gouvernement français avait décidément avec lui la main malheureuse !

Ce fut à propos de cette nomination et dans le dessein de montrer que Franck était mieux qu’un professeur d’orgue, que ses élèves et ses amis