Page:Dablon - Le Verger, 1943.djvu/114

La bibliothèque libre.
Cette page a été validée par deux contributeurs.

— Je ne suis pas un contremaître, Jacques. Je suis votre confesseur ; je suis un prêtre du bon Dieu. Avez-vous confiance en moi ?

— Pour ça, oui.

— Avez-vous accepté le péché ?

— Oh ! non, Père.

Il se tortillait les doigts et ses yeux noirs brillaient dans l’eau.

— Alors, pourquoi vous décourager ?

— Vous ne trouvez pas cela décourageant ?

— C’est décourageant pour le démon. Vous êtes en passe d’en sortir.

Jacques retint son souffle une seconde :

— Ne croyez-vous pas que c’est grâce à elle… à Louise ?

Lorsque Jacques sortit de la chambre du Père Vincent, il avait tout dit. Et le Père avait refusé de répondre à la plupart des questions du jeune homme ; Jacques aurait voulu des instructions détaillées. Le Père répétait : « Priez, je vais prier. »

Ce qu’ils sont compliqués les garçons d’aujourd’hui, pensait le Père Vincent, alors que décroissait le pas de Jacques. « De mon temps, les visages se ressemblaient davantage. Nous valions sans doute moins. » Et rasséréné une fois de plus par un optimisme dont il avait fait son meilleur auxiliaire, il passait et repassait dans sa tête l’histoire merveilleuse d’un jeune homme que Dieu menait à ses fins. Il ignorait quelles étaient ces fins, et son ignorance le ravissait ; il était sûr alors de ne pas imposer ses vues à Dieu. Il ne demandait qu’une chose : ne pas s’interposer entre Dieu et les jeunes hommes, mais, comme le