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LE VERGER


Chapitre XIV

MÉDITATION SUR LE JEUNE HOMME RICHE


Il n’a pas songé à venir ici. Il a écrit : « Trois heures, à la bibliothèque de l’Institut. »

Les pensées que Louise a refusé d’accueillir depuis des semaines reviennent en troupe serrée, comme les eaux du montant ; elles heurtent les rochers d’un clapotis méchant, étranglent l’îlot de résistance qui s’enfonce. Ce ne sont plus des images qui vous passent en vrac devant l’imagination ; autrefois, cet été par exemple, quand Jacques avait fui au lac des Monts avec Maurice, c’était cela. Depuis quelques mois tout avait changé. Comme le mauvais esprit de l’Évangile, l’appréhension, grossie jusqu’à la hantise et qui avait cédé à l’amour de la jeune fille, avait lâché pied pour aller quérir du renfort. Le maléfice débusquait cet après-midi avec ses alliés ; et le pacte qui les liait, on ne le romprait pas d’une moue. Il ne fallait pas trop vite parler de démons toutefois. Dans une de ses dernières lettres, Jacques n’avait-il pas dit que Dieu était économe de ses interventions et qu’il menait