Page:Dante Alighieri - La Vie nouvelle, traduction Durand Fardel.djvu/68

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confiant à l’ami qui allait me conduire ainsi jusqu’aux portes de la mort[1], et je lui dis : « Pourquoi sommes-nous venus près de ces dames ? » Il me répondit : « C’est pour qu’elles soient servies d’une manière digne d’elles. »

La vérité est que ces femmes s’étaient réunies chez une d’elles qui s’était mariée ce jour-là et les avait invitées, suivant la coutume de cette ville, au premier repas qui se donnait dans la maison de son nouvel époux. De sorte que, pensant faire plaisir à cet ami, je me décidai à venir me tenir à la disposition de ces dames en sa compagnie. Et, comme je venais de le faire, il me sembla sentir un tremblement extraordinaire qui partait du côté gauche de ma poitrine et s’étendit tout à coup dans le reste de mon corps.

Je fis alors semblant de m’appuyer contre une peinture qui faisait le tour de la salle et, craignant que l’on se fût aperçu de mon tremblement, je levai les yeux et, regardant ces dames, je vis au milieu d’elles la divine Béatrice. Alors, mes esprits se trouvèrent tellement anéantis par la violence de mon amour, quand je me vis si près

  1. Ceci est une allusion à un incident qui allait se produire peu d’instants après.