Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/120

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— Mon père attrape par le bras un de ces orateurs improvisés : c’est M. Legros, notre voisin. Je n’en reviens pas. Comment se trouve-t-il là, cet homme placide ? Mon père l’interroge :

— Eh bien ! ça va donc mal !

— Comment ! Vous ne savez pas ! Sedan ?…

— Oui, Sedan. Et puis !… Avons-nous été battus, oui ou non ?

M. Legros croise les bras, et regardant mon père bien en face :

— La France vient d’essuyer une horrible défaite. L’Empereur a été fait prisonnier avec 80,000 hommes.

Ma sœur pousse un cri, pendant que mon père reste bouche bée. Des gens nous entourent qui ont l’air de se demander comment nous pouvons être assez bêtes pour ignorer des choses pareilles. Mon père sent qu’il est nécessaire de donner une explication.

— Nous arrivons de la campagne, vous comprenez…

On dirait qu’il avoue qu’il revient de Pontoise.

— Oui, vous n’êtes pas au courant ; ça se voit, fait M. Legros avec compassion. Eh bien !