Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/131

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mation dans laquelle les citoyens sont instamment priés de « s’abstenir des actes d’hostilité isolée qui n’auraient d’autre résultat que d’attirer des représailles terribles sur des populations sans défense ». Le document se termine par le cri de : « Vive la patrie. »

― Des populations sans défense ! s’écrie amèrement M. Legros. Je crois bien ! On nous enlève jusqu’à notre garde mobile !

Ils sont partis pour Paris le 12, en effet, les moblots. Mal chaussés, vêtus pour la plupart d’une méchante blouse de toile grise, armés de pitoyables fusils à tabatière, ils sont partis en chantant. Ils n’ont pas dû chanter longtemps, par exemple. Quand les têtes se sont un peu refroidies, quand les fumées de l’alcool et du vin se sont dissipées, ils ont pu causer, le long de la route avec les malheureux soldats échappés de Sedan. Fantassins aux souliers éculés, aux pieds sanglants, cavaliers harassés montés sur des fantômes de chevaux, artilleurs sans pièces et sans caissons, ils fuient devant l’armée allemande ; et ces longues files misérables, ces bandes lamentables, ces éclopés, ces exténués, ces découragés, ces fourbus, traversent la ville, tous