Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/177

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tranquille, c’est un monsieur long et maigre qui sort craintivement d’une allée où il s’était tapi pendant le passage des Prussiens et qui, en traversant le boulevard, jette à droite et à gauche des regards furtifs. Son chapeau est enfoncé sur ses yeux et le collet de sa redingote lui remonte sur les oreilles. Tiens ! on dirait qu’il m’a reconnu et qu’il se dirige de mon côté.

― Jean ! vous ici ! Eh ! que faites-vous, jeune imprudent ?

C’est M. Beaudrain. Je le reconnais à la voix, beaucoup plus qu’à la figure, une figure qui a pris des tons jaune pâle ― une couleur de panade. ― Pourtant, la voix tremble, elle tremble beaucoup, M. Beaudrain doit avoir une fière peur.

― Ce que je fais, monsieur ? Je rentre à la maison…

― Et vous avez assisté à l’entrée des Prussiens ?

― Oui, monsieur.

― Exprès ?

― Oui, monsieur.

Monsieur Beaudrain n’en revient pas. Comment ! j’ai eu le front, l’audace, le toupet, de