Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/178

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venir, tout seul, contempler le défilé triomphal des Allemands ? Mais je suis donc un risque-tout, un cerveau à l’envers, une tête brûlée ?

― Mais, vous-même, monsieur…

― Moi, c’est différent. Je ne croyais pas, je ne pouvais supposer que l’armée ennemie prendrait aujourd’hui possession de la ville. Sans cela, croyez-le bien, je ne serais pas sorti. J’étais allé faire une visite à côté, rue de Maurepas ; et, en revenant, j’ai vu mon chemin intercepté par les hordes prussiennes… Et vous êtes resté là tout le temps.

― Oui, monsieur. Les Prussiens marchent bien, n’est-ce pas ? Avez-vous vu les prisonniers ?

― Je n’ai rien vu, dit le professeur. J’étais dans cette allée, là, et je n’ai pas mis le nez dehors, soyez-en sûr. Un mauvais coup est vite attrapé et je n’ai qu’une médiocre confiance dans la générosité des Vandales modernes… Mais il pourrait en venir d’autres. Filons, filons…

M. Beaudrain m’entraîne. Nous passons par des rues détournées, des chemins déserts. Au moindre bruit, le professeur tressaille, blêmit. Au coin d’une rue, il me quitte.