Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/180

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pour grimper dans ma chambre. Je prends un livre, mais il m’est impossible de lire une ligne. J’ai encore devant les yeux le spectacle de tout à l’heure et je ne puis penser à autre chose.

J’entends le pas d’un cheval dans la rue. J’ouvre la fenêtre, tout doucement, j’entr’ouvre la persienne et je regarde. À cinquante mètres, devant le bureau de tabac de M. Legros, un officier prussien à cheval est arrêté. Il parle avec une personne qui se trouve à l’intérieur, mais je n’entends pas ce qu’il dit. M. Legros sort de sa boutique, le chapeau à la main, en faisant de grands gestes pour expliquer, sans aucun doute, qu’il ne possède pas ce qu’on lui demande. Alors, le Prussien fait un signe bref, indiquant la ville ; et l’épicier, qui a compris, part en courant. Le cavalier attend son retour, une main sur la hanche, en examinant les maisons du voisinage.

Mais voici M. Legros au bout de la rue, toujours courant, rouge, suant, essoufflé. Il tend au Prussien, en se découvrant, une chose enveloppée dans du papier. C’est un énorme cigare. L’officier l’allume, paye et s’en va, au pas. Il passe devant la maison et je ferme la persienne, bien doucement, pour qu’il n’entende rien.