Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/181

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J’ai envie de descendre pour raconter à mon père ce que je viens de voir ; mais il m’a formellement défendu d’ouvrir les contrevents et il me gronderait certainement. Je suis forcé de garder ça pour moi. C’est dommage. Ah ! ce fameux M. Legros !


Le soir, le garçon boucher qui est venu apporter la viande nous a appris qu’un régiment prussien faisait boire ses chevaux à l’usine à gaz, dans les bassins. Il paraît aussi que les Prussiens ont allumé des feux de bivouac sur les avenues, qu’ils abattent des bœufs et des moutons et qu’ils se préparent à passer la nuit à la belle étoile.

― Mais pourquoi n’occupent-ils pas les casernes ? demande mon grand-père.

― Ils supposent sans doute qu’elles sont minées, fait le garçon boucher.

― Ah ! quel malheur qu’on n’ait pas pensé à miner les avenues ! s’écrie Louise. On les aurait tous fait sauter pendant la nuit.

― Oh ! ils prennent bien leurs précautions, assure le garçon boucher. Il passe des patrouilles partout et ils ont posé des sentinelles à tous les coins de rues ; j’ai vu ça il y a une