Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/25

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― À notre âge, dis-je tout bas à Léon qui vient d’entrer.

― C’est rudement bête, mais ça ne fait rien. Pendant qu’il fera noir, je pincerai ta sœur.

― Pince-la fort.

Il ne la pince pas du tout. Il n’y pense pas, moi non plus ; le spectacle est trop intéressant. Ah ! mon père est un malin. Ce ne sont pas les verres représentant l’histoire du Chaperon Rouge ou du Chat Botté qu’il glisse dans la lanterne ; ceux qu’il a choisis peignent en couleurs vives les épisodes divers des campagnes de Crimée et d’Italie, de bons vieux verres que j’avais oubliés, qui m’ont amusé autrefois, qui aujourd’hui m’émeuvent.

Et puis, décidément, mon père a le chic pour montrer la lanterne magique. Il ne vous place pas le verre, bêtement, entre les rainures du fer-blanc, pour le laisser là, immobile, jusqu’à ce que le spectateur lui crie : Assez ! ― Il a un système à lui. Les premiers tableaux ― le départ des régiments, ― il les pousse lentement, peu à peu, dans la lanterne, et l’on croit voir défiler, au pas accéléré, le long du drap, les lignards à l’allure ferme et les lourds gre-