Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/279

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Mon père se rassied, blanc de colère. Pendant deux minutes, un grand silence ; on n’entend que le bruit que font les pieds de ma sœur en trépignant sur le parquet.

― Allons, Jean, mon petit Jean, reprend mon père, d’une voix qui veut être douce, mais qui est aigre, ― les mains tremblent, les yeux brillent, les dents s’entre-choquent. ― Mon petit Jean, tu ne veux pas me désoler, nous réduire au désespoir. Tu vas nous dire… tout, n’est-ce pas ? Nous ne t’en voudrons pas. N’est-ce pas, Louise ?…

― Oh ! s’il dit tout, je ne lui en voudrai pas, sûrement.

Et ma sœur me lance un coup d’œil féroce.

― Tu nous as fait bien du mal, pourtant !… Sais-tu ce que tu as fait ? Sais-tu de quel malheur tu es cause ?… Je vais te l’apprendre : tu sais que ta tante Moreau devait vous laisser les deux tiers de sa fortune, à toi et à ta sœur ; elle avait fait un testament, déposé chez un notaire de Versailles. Tu sais cela, n’est-ce pas ?

Je ne réponds pas. Mon père frappe du pied et continue en crispant les doigts sur son pantalon :