Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/32

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― Catherine, sais-tu pourquoi le poisson rouge qui était dans l’aquarium est mort ?

― C’est le bon Dieu qui l’a puni.

Ça m’a paru insuffisant ― et douteux.

Aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu arriver à trouver du plaisir dans la société d’un être aussi borné. Je la méprise un peu. Elle m’ennuie beaucoup. Elle s’en est aperçue, et en souffre.

Tant pis.

Ma sœur est une pimbêche. C’est une petite poupée, pas vilaine, si l’on veut, mais pas jolie, jolie. Poseuse, hypocrite, égoïste, rapporteuse, pincée. Orgueilleuse comme un paon.

― Pourquoi ?

J’ai entendu un ouvrier du chantier dire d’elle, une fois :

― On dirait qu’elle a pondu la colonne Vendôme.

Ma foi, oui.

Elle m’embête.

Mon père est entrepreneur de charpente et de menuiserie ; il est propriétaire, à Versailles, de l’établissement du Vieux Clagny. C’est, lui qui a fait poser ces longues planches qui portent son nom : Barbier, le long de la ligne