Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


du chemin de fer, avant d’arriver à la gare. Il possède aussi un chantier à Paris, rue Saint-Jacques. Ce chantier est tout voisin d’un autre : le chantier des Grands-Hommes, qui lui fait une concurrence désastreuse. Mon père a essayé de reprendre le dessus, plusieurs fois, sans aucun résultat appréciable. À chaque échec, une envie folle lui venait de se débarrasser de son établissement parisien.

― J’y mange de l’argent ! criait-il. J’y mange tout ce que je gagne à Versailles !

Pourtant, il ne pouvait se résoudre à vendre. À la fin, une idée, une idée fixe, l’a possédé : acheter les Grands Hommes.

Il y a sept ans qu’il rêve à cette acquisition ― qu’il sait impossible ― et ç’a été le sujet de discussions terribles que je me rappelle vaguement, avec ma mère. Mon père lui reprochait, de plus en plus âprement, avec brutalité dans les derniers temps, de ne pas avoir payé sa dot. Il l’accusait de l’avoir volé, de s’être entendue avec son père à elle, le grand-père Toussaint, pour le filouter.

― Oui, tu savais qu’il me mettait dedans, le vieux brigand !… Tu n’as même pas pensé à tes enfants !… Tu t’en moques, de tes