Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/48

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― Oser dire des choses pareilles ! s’écrie ma sœur.

― Et le jour même où l’on parle d’illuminer la ville pour fêter le départ de nos braves troupiers, gémit Mme Arnal.

Je tends l’oreille. Comment ? On parle d’illuminations ?

Oui. Et ces messieurs sont justement venus pour s’entendre avec mon père au sujet de la décoration de la rue. M. Beaudrain déclare, peut-être pour calmer un peu M. Pion, toujours furieux contre le père Merlin, qu’il a encore en sa possession les lanternes vénitiennes qui lui ont servi en 48.

― Ah ! en 48. « Des lampions ! Des lampions. »

Et, tous les souvenirs guerriers de ces messieurs leur revenant en mémoire, ils remettent sur le tapis des histoires que je connais par cœur : le gigot de Louis-Philippe au bout des baïonnettes, les barricades, une femme aux longs cheveux dénoués brandissant une escopette qui avait frappé tout particulièrement M. Beaudrain, et un jeune voyou, porté par les cheveux, à bras tendu, par un municipal à cheval,