Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/57

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― Beaucoup d’enthousiasme, comme toujours ? crie M. Pion. Un entrain endiablé ! Moi, voyez-vous, j’ai dû renoncer à assister au départ des troupes. Ça me faisait trop de mal de ne pas partir avec eux… Une guerre pareille ! Une guerre qui sera une seconde édition de la campagne de Prusse…

― En 1806, fait M. Beaudrain… Iéna…

― Parfaitement. Vous connaissez le mot historique dit avant-hier à Saint-Cloud par un personnage des plus haut placés : « Cette guerre de 1870, comme celle de 1859, sera menée tambour battant. » L’Empereur, qui entendait, a souri… Il a souri, messieurs, répète M. Pion en tordant sa longue moustache.

― Le fait est que les Allemands ne sont guère de taille à se mesurer avec nous, dit mon père. Les services de leur armée sont très défectueux, les vivres manquent, les hommes de la landwehr se refusent à prendre les armes, l’argent devient de plus en plus rare… Toutes les grandes maisons de commerce font faillite les unes après les autres…

― Oh ! le choc sera rude, fait M. Beaudrain ; mais nous en sortirons vainqueurs. L’instinct me le dit, l’observation profession-