Page:Darien, Bas les coeurs, Albert Savine éditeur, 1889.djvu/56

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



― Le dernier ! s’écrie Léon, se dressant sur la pointe des pieds, rouge comme un coq, tellement il est joyeux de remonter le moral d’un guerrier, le dernier !… Ah ! nous vous en offrirons bien d’autres, quand vous reviendrez vainqueur !

Des bourgeois qui nous entourent applaudissent, mais le soldat hoche la tête.

― Merci tout de même…

Il n’a pas l’air d’avoir confiance, réellement.


― Comprends-tu ça ? me demande Léon en revenant. Douter de la victoire ! Partir avec aussi peu d’enthousiasme !… Moi, je donnerais je ne sais quoi pour pouvoir aller rosser les Prussiens… Tiens, ce soldat n’a pas de cœur !…

Je ne sais pas trop. Il ne considère peut-être pas la guerre comme une partie de plaisir, il s’en fait peut-être une idée plus exacte que nous, au bout du compte. Et des tas de choses auxquelles je n’ai pas encore pensé se présentent à mon esprit…

― Eh bien ? Était-ce beau ? me demande mon père qui prend le café, sous la tonnelle du jardin, avec M. Beaudrain et M. Pion.

― Oh ! oui.