Page:Darien - La Belle France.djvu/110

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d’une répugnante saleté morale, mais ils sont dépourvus de la plus simple notion de goût. Ils sont même arrivés, sous des prétextes idiots et mensongers de nécessités commerciales, à éliminer des productions françaises le goût dont les avait marquées si longtemps l’intelligence du peuple. Le goût français n’existe plus, parce que la hideuse bourgeoisie française, étant incapable de l’avoir et même de le comprendre, l’a proscrit. Sottise, ignorance, jalousie. Surtout, malhonnêteté. « Il faut avoir de l’âme pour avoir du goût, » disait Vauvenargues ; et avoir de l’âme, c’est être moral, honnête ; c’est sentir la vie vibrer autour de soi, en soi ; c’est se sentir vivre dans de la vie. Les classes dirigeantes françaises se sentent crever dans l’imbécile corruption qu’ont engendrée leur avidité, leur égoïsme idiot, leurs impostures ; elles se sentent crever sur une terre qui n’est point la leur, dans un pays qui leur est étranger, avec les sentiments, les aspirations duquel elles n’ont rien de commun. On découvre aisément dans la bourgeoisie allemande ou anglaise, par exemple, beaucoup des traits distinctifs du génie allemand ou anglais ; il est impossible de retrouver dans la bourgeoisie française aucune des caractéristiques du tempérament français. On ne peut guère dire exactement ce que c’est qu’un bourgeois français ; c’est un être misérable, lâche, ignorant et cruel, une sorte de composé de toutes les infamies qui marquent le bourgeois de tous les autres pays, mais qui se retrouvent en lui à l’exclusion de toute autre chose ; fait qui pourrait s’expliquer par l’immense déviation qu’a subie, depuis cent ans, la marche historique de l’esprit français. Un bourgeois français ne présente, ni dans sa façon de penser, ni dans sa façon d’agir, aucun des signes distinctifs du tempérament français ; tempérament qui s’esquissait si fortement avant la Révolution, et qui fut bien près de créer une race française : tempérament qui n’est pas tout à fait mort, qui renaîtra sans doute, mais dont les classes dirigeantes, qui basent leur pouvoir sur l’argent, ont horreur et qu’elles ont tout fait pour écraser. Un bourgeois français est tout ce qu’on veut, excepté un