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l’agitation des asticots, sont produits par l’immobilité des charognes.

La laideur de l’existence du peuple est doublée d’une saleté morale fort grande, bien qu’elle soit loin d’atteindre au niveau de celle de la bourgeoisie ; mais elle est doublée, surtout, d’une saleté physique énorme qui empêche les Pauvres de se rendre compte de la hideur qui les étreint de toutes parts. C’est cette saleté physique qu’il faudrait combattre avant tout pour permettre au peuple de reprendre conscience de sa réelle valeur ; et le seul moyen efficace de la combattre, c’est d’en faire honte au peuple ; de lui démontrer que la crasse et la poussière cimentent, pour ainsi dire, les pierres de sa prison, empêchent les rayons du jour, qui pourraient filtrer par leurs interstices, de parvenir jusqu’à lui. Tant que les Pauvres, au lieu de réduire et de supprimer leurs besoins, ne chercheront pas à les sentir et à les augmenter, ils seront condamnés à la laideur et à la saleté. Il faudrait, tout de même, qu’ils prissent le parti de se demander si l’existence qui leur est faite, au début du XXe siècle, ne conviendrait pas mieux à des animaux qu’à des hommes.

Ceci est dérisoire : on enseigne au peuple qu’il y a des choses respectables, mais on ne lui apprend jamais qu’il y a des choses belles. Or, les seules choses respectables sont les choses belles. Toutes les choses qu’on présente au peuple comme respectables, et qui ne sont pas belles, sont méprisables ; dégoûtantes ; des ordures. L’autorité, l’obéissance, l’abnégation, ne sont pas belles ; par conséquent, pas respectables. Il y a de hautes conceptions philosophiques, artistiques, qui sont respectables, étant belles ; on n’en parle point au peuple. On ne lui dit pas que la Vie est respectable, et que la Beauté l’est aussi. Si on le lui disait, si on le lui apprenait, il se rendrait compte de l’ignominie purulente de la moralité actuelle, et cracherait dessus.

Les pauvres sentent vaguement l’abomination de la laideur qu’on leur impose, et en souffrent. Ils en souffrent comme on souffre dans un cauchemar ; façon de souffrir