Page:Darien - La Belle France.djvu/128

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aveugle. Et ceux qui doivent se servir des armes sont aveugles aussi. Mais leurs yeux s’ouvriront à la lueur des éclairs que vomiront les canons.

On sait comment et dans quelles circonstances furent créées les grandes armées nationales. Ce fut la volonté populaire, guidée par un instinct obscur, beaucoup plus que le désir des classes dirigeantes, qui détermina leur formation. Il est malaisé d’analyser le vague instinct qui poussa le peuple à exprimer sa volonté ; mais il y entrait certainement de la méfiance pour les troupes, mercenaires en fait, auxquelles la bourgeoisie confiait la garde du territoire et, principalement, la défense de ses intérêts ; du mépris et du dégoût pour les militaires de métier, dont les uns avaient fait preuve d’une incompétence grotesque et les autres d’un parti-pris de trahison par trop scandaleux ; d’autres sentiments encore, très brumeux, qui s’estompaient à peine dans l’intellect populaire, mais lui faisaient concevoir potentiellement ce que doit être, en réalité, la patrie ; ce qu’elle est effectivement ; combien peu d’intérêt ont les riches, en raison de la propriété individuelle du sol protégée, respectée, par les lois de la guerre, à défendre cette patrie ; et combien peu d’intérêt à la défendre ont aussi les pauvres, privés de toute participation aux avantages qui peuvent résulter de leur qualité de citoyens, désormais dérisoire. En somme, ce fut un instinct très vague, mais décidément démocratique, libertaire, égalitaire, qui poussa les masses populaires, après 1871, à exiger des classes possédantes la création des grandes armées nationales. Ce fut sur l’attitude de la France, on le sait, que les grandes puissances réglèrent la leur. Aujourd’hui, donc, chez toutes les grandes nations continentales, tout homme valide fait partie de l’armée et doit être appelé, le cas échéant, à sacrifier son existence pour la défense de sa patrie. L’analogie qu’on pouvait établir, jusqu’ici, entre le salarié d’à présent et le serf d’autrefois, perd donc de sa justesse. Le pauvre de jadis, rivé à son servage, n’avait pas à prendre les armes pour la défense de la terre à laquelle il était attaché ; des hommes d’armes