Page:Darien - La Belle France.djvu/135

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saintes huiles. Mais quand les Chauvins ont dégueulé leurs boniments, quand la pègre tricolore a déclamé ses sottises, alors l’armée descend sur la place, défile, exhibe ses drapeaux tout neufs, trop neufs, ses armes essayées à Fourmies, les plumes prestigieuses de ses généraux. La foule applaudit, en délire. Ça parle plus haut que des discours, les exhibitions de la Grande Muette, les fanfares de ses trompettes et les boum-boum de ses grosses caisses. Ça vaut des paroles, beaucoup de paroles, et c’est aussi creux, aussi puéril, aussi misérable. Ça parle très haut, pour ne rien dire, et surtout pour ne rien faire, et ça parle au cœur de la foule, par conséquent. Le cœur de la foule, c’est une éponge, une éponge à pomper toutes les ordures. Si son cœur n’était pas une éponge, cette tourbe, quelque vile qu’elle soit, comprendrait que l’armée française ne doit pas avoir de drapeaux neufs, mais les vieux drapeaux qui sont à Berlin, ou pas de drapeaux du tout ; que les plumes des généraux leur ont beaucoup servi, jusqu’ici, à signer des capitulations ; et que les armes ne sont point faites pour être données en spectacle à la badauderie publique, mais qu’il faut qu’on les brise, ou qu’on s’en serve. Oui, qu’on s’en serve, ou qu’on foute tout ça au rancart. Maquignons du patriotisme, empanachés à perpète et camelots de la revanche, il faudra bien que vous là terminiez, à la fin des fins, cette promenade en queue de cervelas, procession de la lâcheté à gueule d’empeigne, que vous continuez depuis trente ans autour de cette terrible Tour de la Faim où vous avez enfermé le Peuple ; il faudra bien vous décider à disparaître, avec votre attirail de cannibales, ou à aller vous battre tout de même, tonnerre de Dieu !

Se battre ! ah ! fichtre ! voilà une chose qu’ils n’aiment guère, les tueurs professionnels et les derviches hurleurs du chauvinisme. On dirait même qu’ils en ont une fière peur, de se faire mettre leurs tripes au soleil. Ils en ont tellement peur, en vérité, qu’au lieu d’engager la lutte contre les ennemis qu’ils injurient du matin au soir, et qui viennent leur offrir la bataille, il préfèrent se dérober