Page:Darien - La Belle France.djvu/175

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tudes de poupées vicieuses. Tout ce monde caquette à voix basse, se sourit, fait des grâces, se complimente, s’envie, s’espionne, se méprise, se hait et s’admire ; surveillant à peine le geste du prêtre qui marque le degré d’attention nécessaire, rythme ironiquement la sottise des bavardages. Tout ce monde paraît assemblé pour remplir un devoir nécessaire à la permanence de sa suprématie ; pour exercer une fonction traditionnelle, mécanique, sans signification précise en elle-même, mais qui rapproche les uns des autres, à époques fixes, les membres d’une famille que séparent la diversité de leurs occupations. Tout sentiment religieux, diriez-vous, est exclu d’une pareille congrégation ; on n’y pourrait même trouver la moindre folle fanatique, à peine une comédienne sensuelle. Ces gens-là sont simplement heureux de se sentir les uns près des autres ; de comprendre que leurs différends, si profonds soient-ils, ne pourront arriver à les séparer tant que l’Église conservera son pouvoir. Ils sont contents, aussi, de retrouver dans l’ordre de l’Église le modèle de l’ordre auquel ils ont conformé leur vie, et ce quelque chose de stationnaire, d’indiscutable, d’immuable, dont les idiots ont l’admiration innée, et qu’ils rêvent pour leurs conceptions et pour leurs privilèges.

Mais le sentiment religieux, cependant, existe là ; il existe autant qu’il peut exister dans l’Église catholique romaine. Le sentiment religieux qu’exprime et que crée cette Église, c’est la défiguration d’un sentiment humain ; c’est sa caricature cruelle. La contemplation de ce qui n’existe point, la contemplation d’un Dieu crucifié, martyrisé — contemplation à laquelle l’Église sait toujours contraindre ses fidèles — efface dans leur esprit l’image de ce qui existe, interdit la contemplation de la douleur des pauvres. L’existence du sentiment religieux chez le catholique est en raison exacte de l’absence du sentiment de solidarité humaine. L’hypocrisie du bourgeois est grande ; mais son imbécillité, plus grande encore, lui laisse une certaine bonne foi que l’Église l’amène à placer, sans difficulté, dans le sentiment religieux. Le