Page:Darien - La Belle France.djvu/192

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la France. Elle est directement responsable de sa situation mentale et, indirectement, de sa situation politique et sociale. Les Nationalistes aiment à parler de la mentalité catholique de la France. Ils exagèrent ; mais il est certain que plus de la moitié de la population française est mentalement catholique. Ce que cela veut dire, les étrangers qui observent la France de loin, en attendant qu’ils puissent la juger de plus près, ne l’ignorent pas ; et les pauvres et les intellectuels qui ont à souffrir de cette mentalité pitoyable, s’en rendent compte aussi. Les progrès de cette mentalité — qu’il convient d’appeler de son vrai nom : l’abrutissement — sont continuels et effrayants. En dehors de la presse nationaliste qui travaille énergiquement pour eux, les tonsurés possèdent des journaux dont la circulation est immense et qui empoisonnent de leur prose infecte l’âme des multitudes. Les légendes sont cultivées avec soin ; celle de Jeanne d’Arc, particulièrement ; ses statues se multiplient ; les fêtes en son honneur ne se comptent plus ; après le feu du bûcher qui peut-être la consuma, ce sont des feux d’artifice que le clergé offre à la bonne Lorraine. On cultive aussi avec succès l’injure, la calomnie, le mensonge, l’escroquerie, le vol, et même, dit-on, l’assassinat sans phrases. On tient l’armée ; on tient l’enfance ; on tient les femmes ; on tient la terre. C’est surtout la terre qu’on tient et qu’on cherche à tenir de plus en plus ; on crée ou l’on développe l’antisémitisme et l’anglophobie. Ce sont d’excellents dérivatifs aux mécontentements divers. Si la foule réfléchissait, elle comprendrait que la haine du juif comme juif est imbécile. Le juif n’a pas créé l’état social actuel ; cet état est contraire à ses tendances et à son caractère ; qu’il en profite souvent, ce n’est pas niable : et qu’il ait raison d’en profiter, c’est encore plus certain. Un système meurt des abus qu’il engendre. La civilisation présente n’est pas juive ; elle est chrétienne. Ce sont les chrétiens qui l’ont fait naître, qui la supportent, et qui la défendent. Les chrétiens n’ont pas à se plaindre ; ce sont des imbéciles, voilà tout. « Cependant il ne faut pas les brûler. »