Page:Darien - La Belle France.djvu/195

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dont les tours et les flèches emportaient vers le ciel l’esprit de l’homme ; et — l’esprit de l’homme se perdant dans l’irréel, se dissolvant dans les brumes du mensonge, — le corps de l’homme était attiré dans les grands tombeaux, y devenait un cadavre doué encore d’une vie factice ; vie misérable qui lui permettait de donner à la terre meurtrie son labeur de serf sans salaire, qui ne lui permettait plus de comprendre qu’il devait en attendre, en retour de son labeur, la liberté et le bonheur. Les récompenses qu’il pouvait espérer ne lui étaient dues que dans un monde meilleur, après le trépas ; et les consolations qu’il lui fallait, c’était dans le grand tombeau, la cathédrale, qu’il devait aller les chercher. Allez donc l’écrire sur les murs des églises, le récit des douleurs qu’ont causées ces monuments funèbres ; allez donc les graver sur leurs pierres, les noms des misérables qu’ont tués ces édifices d’imposture, ces repaires du désespoir ! Vous ne trouverez pas la place nécessaire pour tracer une seule page du long martyrologe des générations humaines, pour y ébaucher l’histoire de leurs navrements lamentables, des dix-huit siècles de douleurs, de rages, de résignations et de révoltes qui vinrent s’enfouir dans l’ombre de la cathédrale ou se briser sur sa pierre.

L’église — la cathédrale qu’élevaient les premiers siècles du christianisme, la chapelle que bâtit ce siècle qui finit — l’église, bloc de pierre, de ciment, de mortier, c’est tout ce qu’il y a de réel dans le christianisme, tout ce qui lui donne une apparence de réalité. L’absurdité des dogmes chrétiens n’est plus à démontrer ; l’inanité des préceptes chrétiens, leur impuissance à servir de guide à la vie de l’homme, se manifeste tous les jours ; le prêtre chrétien, comme prêtre, n’existe pas ; c’est un intrigant ou un imbécile ; en tout les cas un être vil, rognure de l’humanité. Le chrétien lui-même n’existe pas ; que, parmi les sectateurs du Christ se soient trouvés des gens vertueux, de cœur et même d’une certaine intelligence, ne prouve rien en faveur des préceptes qu’ils s’efforcèrent d’appliquer ; cela démontre seulement le caractère vain de la doctrine.