Page:Darien - La Belle France.djvu/199

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On a eu tort. L’édit de Nantes était simplement le parquage du Protestantisme ; en propres termes, sa mise en carte. Le protestantisme, en France, ne pouvait pas vivre dans une situation aussi fausse, qui le laissait exister par tolérance et le condamnait, lui aussi, à une tolérance qui lui est nécessairement fatale. La Réforme n’ayant pu conquérir la France, il valait mieux qu’elle en disparût. Richelieu, en prenant La Rochelle, Louis XIV en révoquant l’édit de Nantes, donnèrent sa solution logique à un état de choses qui ne pouvait subsister. Le protestantisme, en fait, sortit de France. C’est bon. Maintenant, il faut qu’il y rentre.

Vous savez ce que sont devenues, depuis la Réforme, les nations qui ont embrassé le protestantisme ; vous savez aussi ce que sont devenues les nations qui sont restées catholiques ; vous pouvez deviner facilement ce qu’elles deviendront demain. Les Nationalistes assurent que la France ne saurait devenir protestante ; elle est, disent-ils, la première des puissances catholiques ; elle deviendrait la troisième des puissances protestantes. Ce qu’elle aurait à perdre au change, je l’ignore ; une dégoûtante étiquette, assurément ; mais peut-être aurait-elle à y gagner. Pourtant, il faut s’entendre. Un pasteur protestant a déclaré récemment que « la Réforme doit achever au XIXe siècle ce qu’elle n’a pu accomplir au XVIe. » Ce pasteur avait raison ; mais aussi il avait tort. L’esprit protestant au XIXe siècle ne peut pas être ce qu’il était au XVIe. À cette époque, le protestantisme ne pouvait trouver d’autre base qu’une base religieuse. Que ses préoccupations politiques et sociales fussent nombreuses, ne peut être nié ; c’était, d’ailleurs, forcé ; le libre-examen et l’inspiration individuelle conduisaient au sentiment démocratique, à des visées égalitaires, à la défiance et au besoin de contrôle en politique ; l’individualité s’élançait hors de la geôle catholique ; la personnalité de Dieu menait à la personnalité de l’homme. Mais l’idéal politique et l’idéal social étaient encore trop incertains, l’esprit des peuples avait été trop embrumé par les ténèbres du Moyen-Âge