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pour que la Réforme, dis-je, pût trouver une autre base que la base religieuse. Les moyens d’action d’une idée doivent se mesurer à l’étendue et à la nature de l’obstacle qu’elle a à surmonter. Par exemple, l’esprit latin avait tellement abruti la France qu’au début du XVIe siècle l’hébreu et le grec, considérés comme des nouveautés, furent des instruments de progrès et de liberté. La Réforme se vit donc forcée de se présenter surtout comme une réforme religieuse, de se circonscrire elle-même, et souvent d’opposer dogmes à dogmes. Pourtant, non contente de briser les entraves apportées au développement humain par la dégoûtante perversion romaine, elle eut soin de laisser de côté, au moins virtuellement, les préceptes inapplicables ou néfastes de l’évangile et de se rapprocher du noble et viril enseignement que prodiguaient les pages de l’Ancien Testament. C’est surtout dans la haute et fière humanité des grands prophètes hébreux que la Réforme trouva sa force. À tel point qu’on pourrait dire, je crois, qu’elle fut beaucoup plus une réforme juive qu’une réforme chrétienne. C’est ainsi qu’elle put donner aux peuples et aux individus qui l’acceptèrent, la vigueur, l’opiniâtreté et la clarté de conception qui sont la caractéristique des nations qui vinrent tard au christianisme : la Prusse par exemple.

Il faut ajouter que, en raison des luttes qu’elle eut à soutenir contre le catholicisme qui avait trouvé de nouvelles forces, la Réforme fut obligée de s’enfermer, plus complètement qu’elle ne l’aurait voulu, dans son expression religieuse et ne put accorder aux mouvements sociaux qui se produisirent en même temps qu’elle — tel que le grand mouvement communiste allemand — l’appui qu’elle leur aurait certainement donné si les circonstances eussent été différentes.

Mais cet élément religieux du protestantisme, eu égard aux variations qui participent de son essence même, s’affaiblit constamment, et cherche à retrouver de nouvelles forces, soit en essayant de revenir en arrière vers les superstitions reniées autrefois, soit en s’efforçant de se libé-