Page:Darien - La Belle France.djvu/24

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blie de dire pourquoi la vieille famille française émigra en Afrique.) On célèbre les prouesses du vieux Kruger ; il fut berger, ô simplicité champêtre ! il tua des fauves ; parla d’une façon peu flatteuse à un grand seigneur anglais ; et un jour, mordu par un serpent, il se coupa un doigt, deux doigts, (on ne sait pas combien de doigts ; onze, peut-être.) La simplicité de la vie des Boers émeut les Français ; les Français goûtent fort cette existence patriarcale. « La famille ! disent-ils ; ah ! la famille ! Le vrai bonheur est là, et pas ailleurs. (Seigneur ! nous serions-nous trompés ?) Quelle joie ce doit être, de partager son temps entre les travaux agricoles et le repos bien gagné au milieu des siens ! Des serviteurs dévoués, des enfants obéissants, une épouse fidèle (ah ! oui), c’est le rêve, assurément. »

Les Boers ne lisent qu’un livre : la Bible. Voilà ce qu’on affirme et ce que les Français, surtout, trouvent très beau. Ils ne connaissent point la Bible, mais ils sont pleins d’enthousiasme, tout de même. La cuisine des Boers est peu compliquée : du maïs et du laitage, rien de plus. « Nourriture rationnelle, dit le Français en sirotant son absinthe : tous les excès sont nuisibles. » Les Boers couchent sur le couvercle des grands coffres où ils serrent leurs vêtements, et si une douzaine de gros clous, au moins, ne font pas saillie hors du bois, ils ne sont pas contents. « Dormir sur la dure, dit le Français, rien de tel : essayez-en. » Au Transvaal, les enfants imitent les vertus de leurs parents, qui se gardent de les flatter. Tout jeune Boer de dix ans qui se respecte tue son lion, chaque soir, en revenant de l’école. Il rapporte la bête à la maison, sur son dos. Le père Boer jette sur le corps de l’animal un rapide coup d’œil, hausse les épaules, et dit : « Peuh ! de mon temps, ils étaient plus gros. » La mère Boer dit : « Vraiment, mon garçon, tu es trop grand pour te livrer encore à de pareils amusements. » C’est ainsi qu’on doit élever les enfants, afin d’en faire des citoyens utiles. Voilà l’avis du Français.

Les enfants, d’ailleurs, ne manquent pas au Transvaal ;