Page:Darien - La Belle France.djvu/25

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il n’est pas rare d’en trouver quinze, vingt, voire vingt-cinq, d’une seule lignée, tous légitimes et se portant fort bien. Dieu bénit les nombreuses familles, et les Français ne l’ignorent pas. (C’est les nombreuses familles qu’ils ignorent). Aussi, cet accroissement rapide de la population du Transvaal et de l’État-Libre les rend rêveurs. Est-ce bien vrai, ce qu’on raconte ? Très vrai. Et l’on montre des statistiques, et des documents sont produits. Sur quoi les Français, leurs hémorrhoïdes à l’aise en de confortables ronds-de-cuir, soupirent d’attendrissement ; et les Françaises, à califourchon sur leurs bidets, bavent d’admiration.

Ne vous y trompez pas, ce n’est point de la sympathie pour les faibles qu’éprouvent les Français ; ce qu’ils ressentent, c’est de la haine pour les forts. Ce ne sont point les Boers qu’ils aiment ; ce sont les Anglais qu’ils détestent. C’est la ruine de l’Angleterre qu’ils rêvent ; sentiment général, à part des exceptions très rares ; et exprimé non seulement par la presse, mais au café, dans la rue, partout. Ils parlent du Colosse aux pieds d’argile, sans avoir la pudeur de se souvenir que les deux pieds de leur Colosse militaire, qui n’étaient même pas d’argile, ont été coupés à coups de sabre et sont restés, l’un à Metz, l’autre à Strasbourg. À chaque revers des Anglais, ils exultent, écument de plaisir ; à chaque nouvelle de victoire, ils trépignent de rage ; ils prétendent croire au triomphe définitif des Boers.

La presse, plus ou moins stipendiée par le gouvernement, encourage ces effusions, les excite. Le gouvernement lui-même — indirectement, bien entendu — les approuve. Un M. L., dessinateur, publie des caricatures offensantes pour la reine Victoria, une vieille femme de quatre-vingts ans. M. Leygues, poétaillon ridicule, rétameur de la lyre d’Amiati et ministre, épingle sur la poitrine de M. L. l’étoile des braves. Si M. L. se figure que la croix de la Légion d’Honneur honore, libre à lui de se croire honoré, et même honorable. Quant au bout-rimé ministériel, je lui apprends que les Anglais n’ont pas at-