Page:Darien - La Belle France.djvu/268

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les estrades où se décarcassent les grenouilles ni sous les sofas des lupanars, derrière les édifices dont la poussée hautaine dénonçait l’infamie des puantes décrépitudes. Elles présentent aujourd’hui, une fois de plus, leur dégoûtante architecture, l’architecture du trompe-l’œil, du mensonge au lait de chaux sophistiqué, de la parodie maladroite de la vantardise en carton-pâte — leur architecture qui est comme le geste exsangue de l’Irréel. — Elles alignent des avenues de palais ; et ces palais, ce sont elles-mêmes ; et ces palais, ce sont des façades de palais ; des façades souriant d’un sourire qui grimace, vernies de splendeur fausse, peinturlurées de malsaine grâce, blanches comme des abcès mûrs, fraîches comme des roséoles. Et immédiatement derrière ces façades dont la décrépitude innée, requinquée sans cesse, aguiche le passant et le racole, ce sont des murs de prison qui s’élèvent, des murs de bagne qu’on ne voit point mais qu’on devine, rongés de la lèpre de toutes les misères, de la gale de toutes les abjections ; des murs vieux, très vieux, dont la pierre qui s’effrite est étayée d’arcs-boutants en forme de croix, et qui ne sont pas plus solides, et peut-être moins, que les façades qui les dissimulent. Murs de bagnes qu’on a cachés, façades de gais palais qu’on exhibe, tout ça c’est le rempart contre l’invasion possible de la vie libre, de la Liberté et de l’Égalité — tout ça, c’est les institutions actuelles. — Et peut-être qu’elles ont bien fait, après tout, de mettre un masque sur leur sale gueule. Elles sont peut-être moins ridicules, ces institutions, lorsqu’elles se présentent ainsi, émaillées, maquillées, souriant de toutes leurs fausses dents afin de vous faire faire risette, offrant à vos méditations les fronces de leurs ventres en accordéons, que lorsqu’elles prennent des visages sévères, rébarbatifs, se drapent dans leur dignité poisseuse de maquerelles difformes et ont la prétention de vous faire peur. Autant, s’il faut choisir, une putain hors d’âge exhibant son nombril que la fée Carabosse trémoussant sa verrue. Et puis, pour ce que ça doit durer, tout ça…

Ce que ça dit, ce que ça hurle, toute cette architecture,