Page:Darien - La Belle France.djvu/34

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hélas ! à recommencer. Elle a trouvé ses premiers prêtres parmi les austères républicains que vomirent sur la place publique, le 4 septembre, les estaminets et les brasseries ; drôles résolus à se hisser au pouvoir sur des piles de cadavres, et convaincus que cinq mois de tueries et de dévastations ne feraient pas payer trop cher à leur pays l’honneur de leur apothéose.

Ils l’eurent, leur apothéose ! Et c’est lugubre et risible en même temps, cette glorification des apôtres de la guerre à outrance qui signèrent le traité de Francfort, des bandits qui s’étaient donné la mission de sauver l’honneur de la patrie et qui ont vendu, non seulement son honneur, mais la patrie elle-même. Il est inutile de mâcher les mots. Les hommages rendus — à l’œil — à un fantoche comme Gambetta sont une honte pour une nation. De deux choses l’une : il fallait faire la paix après Sedan ; ou il ne fallait pas la faire du tout. Rouher avait raison. Et Rossel aussi avait raison.

Donc, les Outranciers, retour de Francfort et de Saint-Sébastien, instituèrent le culte de l’Armée. Le patriotisme, c’est-à-dire l’hystérique désir d’une revanche impossible, fut érigé en dogme auquel chacun doit se soumettre, sous peine de mort. Le code militaire est là pour prouver que je n’exagère pas. Il fallut ne penser qu’à l’avenir — à l’Avenir réparateur, au triomphe fatal, définitif, du Droit. — Oh ! quelle farce !… La notion de l’avenir est toujours dangereuse ; la tension vers l’avenir, déprimante. Et quand cet avenir est non seulement un mirage, mais le vide, le néant, le rien… N’importe ; il fallut se courber, accepter la doctrine patriotique formulée par les Pères de l’Église tricolore ; doctrine abjecte qui autorise, ordonne dans chacun le mépris de tous les intérêts particuliers, de tous les instincts personnels, sous prétexte de devoir public. Quel devoir ? La foi aveugle, irraisonnée, dans ce que Demain doit apporter. Le Présent ne compte pas ; Aujourd’hui peut être sacrifié impunément. Le Futur fait la toilette des condamnés. Il tient la hache.