Page:Darien - La Belle France.djvu/54

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chauve-souris, produit abject et parfait du séminaire et de l’Université ; vous avez vu ses yeux — non, on ne peut pas ! — vous avez vu ses paupières, plus pesantes que si elles étaient de plomb, entre lesquelles coule un regard visqueux, plus blafard que la lueur blême qui suinte par les jours de souffrance. Vous avez contemplé Brunetière en Doumic ; et Syveton, dans sa barbe. Vous les avez vus tous ; même celui-ci, auquel il manque tant de pieds de tabourets dans sa salle à manger, et celui-là qui semble éternellement réclamer son bouillon de culture.

Vous avez assisté à leur comédie et écouté leurs boniments. Vous avez lu leurs journaux dans lesquels ils trouvent moyen d’entasser, chaque semaine, plus de faux et de mensonges que n’en pourraient perpétrer les pontifes de l’État-Major dans une année bissextile. Vous avez été témoins de leurs gesticulations d’énergumènes lorsqu’ils paraissent sur l’estrade pour prêcher la bonne parole. Vous les avez entendus parler de la Patrie, que des cosmopolites éhontés cherchent à détruire et nient sans vergogne, en même temps ; de la France, le premier pays du monde, qui doit se ressaisir de façon à être calme au dedans et respectée au dehors ; des autres nations, qui ne valent pas les quatre fers d’un chien ; des peuples germaniques, rebut de l’humanité ; et de la menace à la race latine. Peut-être avez-vous pu ouïr Millevoye, ancien magistrat ; ou Quesnay de Beaurepaire, ancien magistrat ; ou Chose, ancien machin. Vous savez de quelle voix vibrante leurs discours sont toujours prononcés ; vous savez comme ils vibrent ; ah ! quelles vibrations !… Vous n’ignorez point qu’ils sont prêts à passer de la parole aux actes ; que le fougueux Jules Lemaître, dès qu’on allume les becs de gaz, baisse sa visière de combat sur ses paupières qui battent la chamade ; et que le bouillant Coppée, lorsque sa sœur a versé dans la camomille matutinale trois gouttes de la liqueur des braves, met des éperons à ses pantoufles.

Et vous pensez qu’il n’y a là qu’une bande de jongleurs, plus ridicules que dangereux.

Mais derrière ces histrions et ces pitres qui crient Vive