Page:Darien - La Belle France.djvu/55

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la Patrie ; derrière ces infâmes, ces fuyards, ces exemptés et ces pantouflards qui hurlent vive l’Armée ; derrière ces Cottins frénétiques et ces Perrin-Dandins en ébullition, c’est toute la hideuse cohue de la réaction qui se dissimule, qui rampe. Derrière Coppée, c’est Esterhazy qui s’embusque, et le chaste Flamidien se cale derrière Lemaître. Toutes les bêtes féroces du Capitalisme, du Militarisme, du Cléricalisme sont là, narines froncées sur leurs crocs, prêtes à sauter, griffes en avant, par dessus les têtes des aigrefins dont les gesticulations les masquent. Ces bêtes fauves sont trop connues, trop haïes et trop méprisées pour oser se montrer en personne, même sous une peau d’emprunt. Elles renonceraient même à se faire voir, à chercher à ressaisir directement le pouvoir tyrannique, et se contenteraient de la puissance occulte que leur laisse la lâcheté publique, si elles ne trouvaient point une bande de coquins disposés à leur préparer les voies, s’offrant à leur frayer la route par des cabotinages de turlupins patriotiques. C’est simplement parce que ces coquins existent, parce qu’ils ont créé le nationalisme et s’en sont institués les chefs, que la réaction s’est résolue à rassembler ses forces et se tient prête à entrer en lutte ouverte avec les hommes qui veulent rester libres. Quand on aura endoctriné un nombre suffisant d’imbéciles, quand on sera parvenu à ramasser, par delà la frontière, la carte blanche indispensable, les Boisdeffre, les Mercier et les Esterhazy tireront leurs sabres, les Assomptionnistes empoigneront leurs crucifix plombés, et la Savoyarde du Sacré-Cœur commencera à sonner le tocsin de la nouvelle Saint-Barthélemy ; aussi, les Coppée et les Lemaître travaillent ferme à l’enrôlement des goitreux ; afin de se tenir en haleine, Coppée se fait donner de l’eau bénite par le Père Du Lac, et Lemaître s’en fait jeter par Flamidien.

Ce ne sont donc pas seulement des saltimbanques, complices plus ou moins conscients de criminels qui les ont pris à leurs gages ; ce ne sont pas seulement des paillasses qui jouent de l’orgue pour étouffer le grincement