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généraux), nous ne sommes pas si jolis en France ; et je ne pense pas que ce soit un spectacle à enthousiasmer un artiste que celui de Coppée en saut de lit, ou de Reinach au déballage. Quant à la beauté féminine, qu’on a eu la purulente imbécillité de nier à l’Angleterre, où on la rencontre à chaque pas, je ne crois point qu’elle ait élu domicile en France où les femmes, d’ordinaire, n’ont rien de remarquable. Il y a, à mon avis, sous ce puéril parti-pris de débinage, une grande somme de jalousie, inconsciente ou non. Tous les peuples, surtout l’Angleterre — mais même le plus jeune, les États-Unis — tous les peuples ont un type national ; la Fronce n’en a pas. On peut retrouver sur les faces des passants, dans une grande ville française, les caractéristiques, plus ou moins abâtardies, de toutes les races ; on n’y peut jamais distinguer un seul trait purement français. C’est ma conviction qu’un type français exista, dans de faibles proportions, mais exista, à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle ; et qu’il a disparu. La petite femme de Paris, pauvre poupée qui prétend elle-même être un type, n’est qu’une créature de néant, à tous les points de vue. Et l’amateur fonctionnaire, avec sa tête de Latin à la détrempe, représente on ne sait quoi ; même pas l’esclave ; l’affranchi. Ce sont, pourtant, les deux seuls êtres dont on ne rencontre pas le prototype hors de France.

Quand les Français ont raillé, caricaturé et diffamé à cœur-joie, leur inquiétude les reprend. N’ont-ils pas été trop loin ? N’ont-ils point dépassé les limites permises, même à des détraqués ? Et les voisins ne vont-ils pas se décider à mettre le holà ? Grave question. Il faut savoir à quoi s’en tenir, à tout prix. Des étrangers passent ; les Français les accostent, se cramponnent à eux, les accablent de questions. « Que dit-on de nous, dans votre pays ? S’est-on trouvé simplement piqué de nos délicieuses plaisanteries ? Ou ont-elles irrité profondément ? Êtes-vous disposés à user de représailles ? Allez-vous nous faire la guerre ? Oui ou non, est-ce la guerre ? » Les étrangers répondent que ce n’est pas la guerre, certainement ; qui