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qui devraient exciter toutes les aspirations, ils se satisfont d’un genre d’existence inférieur à celui des plèbes d’il y a deux mille ans. En vérité, ils ne font souvent aucun effort pour subsister. Voilà pourquoi je crois que les animaux ont une grande supériorité sur l’homme : tous les animaux cherchent à vivre.

Les animaux, n’ont point d’âme ; et l’homme en a une, dont il est fier. Elle est rien blèche ! Pour ce qu’elle lui vaut, il ne ferait pas mal de la vomir dans le premier bénitier venu. Les pauvres, voyez-vous, doivent avoir deux âmes. C’est pour ça qu’on les aime bien.

On leur fait l’aumône — l’aumône de toutes sortes de choses. — On leur rend la justice, on les assiste, on les soulage et même — merveille des merveilles — on les console. Le souci des misérables s’étend de plus en plus ; et c’est, assure-t-on, l’un des beaux côtés de notre époque. Peut-être bien ; il y a des degrés dans l’abominable. La charité devient une maladie d’essence religieuse, ridicule et terrifiante ; la pitié se christianise jusqu’au dernier point de l’abjection ; il y a, aujourd’hui, la folie du haillon et de l’abcès comme il y a la folie de la croix. Il s’agit toujours de se donner des sensations ; mais la purulence doit devenir de plus en plus fétide, tangible.

Blanqui disait aux opprimés que s’ils ne se décidaient pas à agir, il y aurait pour eux de l’eau bénite d’abord, de la mitraille ensuite, de la misère toujours. On a ajouté à l’eau bénite un peu de manne que les pauvres attendent, les yeux au ciel, sur le grabat où les a jetés leur fatigue.

Le crime le plus horrible des riches envers les pauvres est de s’être arrogé le droit de leur distribuer la justice et l’assistance, de leur faire la charité. Ce sont les misérables qui paient eux-mêmes, avec des intérêts usuraires, les frais de la justice dérisoire, de l’assistance immonde et de la charité dégradante qu’ils sont assez vils pour quémander et recevoir. Voilà le comble de la lâcheté, de la dérision et de l’hypocrisie.

Il y a longtemps que Lazare n’est plus à la porte du Riche ; il est à la porte du Pauvre. Quant aux chiens qui