Page:Darmesteter - Une prière judéo-persane.djvu/22

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lestinien, disciple de Rabbi Akiba, qui fleurissait dans la première partie du iie siècle de notre ère. « L’homme, dit R. Méir, est tenu de faire trois bénédictions par jour. Béni soit Dieu de m’avoir fait israélite[1] ; de ne m’avoir pas fait femme ; de ne m’avoir pas fait ignorant ! » Le Tosifta de Berakhoth, ch. vi, les met dans la bouche du disciple de R. Méir, R. Jehouda, le rédacteur de la Michna : « Béni soit Dieu de ne m’avoir pas fait idolâtre (gôi), de ne m’avoir pas fait femme, de ne m’avoir pas fait ignorant ! »

Au ive siècle, un Rabbi babylonien, R. Acha, fils de Jacob, entendant son fils remercier Dieu de ne l’avoir pas fait ignorant, lui reproche d’employer une formule trop prétentieuse et la lui fait remplacer par les mots : « De ne m’avoir pas fait esclave » ; c’est la forme qui a prévalu, c’est aussi la forme de la prière persane. L’origine palestinienne de cette série et sa date ancienne, qui remonte à une époque où les rapports entre Juifs et Mages étaient peu étroits, même en Perse, et où le magisme d’ailleurs n’était point encore sorti de sa longue éclipse, en rend certaine l’origine purement juive. D’ailleurs le sentiment qui l’inspire, le sentiment de fierté reconnaissante pour le don d’élection, sentiment qui inspire toute la Bible et qui ne paraît point dans l’Avesta, suffirait à la marquer du sceau d’Israël. Elle a donc été empruntée

  1. Israël ; répond exactement à l’Êr. « Irancien » de la prière parsie (voir plus haut, note 6) : êr, de Zeud airya, a passé sous la période sassanide, du sens d’Iranien, à celui du Chazdéen, le chazdéisme étant devenu la religion d’État.