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200 Difficultés de la théorie.  

MODES DE TRANSITIONS.

Si l’on arrivait à démontrer qu’il existe un organe complexe qui n’ait pas pu se former par une série de nombreuses modifications graduelles et légères, ma théorie ne pourrait certes plus se défendre. Mais je ne peux trouver aucun cas semblable. Sans doute, il existe beaucoup d’organes dont nous ne connaissons pas les transitions successives, surtout si nous examinons les espèces très isolées qui, selon ma théorie, ont été exposées à une grande extinction. Ou bien, encore, si nous prenons un organe commun à tous les membres d’une même classe, car, dans ce dernier cas, cet organe a dû surgir à une époque reculée depuis laquelle les nombreux membres de cette classe se sont développés ; or, pour découvrir les premières transitions qu’a subies cet organe, il nous faudrait examiner des formes très anciennes et depuis longtemps éteintes.

Nous ne devons conclure à l’impossibilité de la production d’un organe par une série graduelle de transitions d’une nature quelconque qu’avec une extrême circonspection. On pourrait citer, chez les animaux inférieurs, de nombreux exemples d’un même organe remplissant à la fois des fonctions absolument distinctes. Ainsi, chez la larve de la libellule et chez la loche (Cobites) le canal digestif respire, digère et excrète. L’hydre peut être tournée du dedans au dehors, et alors sa surface extérieure digère et l’estomac respire. Dans des cas semblables, la sélection naturelle pourrait, s’il devait en résulter quelque avantage, spécialiser pour une seule fonction tout ou partie d’un organe qui jusque-là aurait rempli deux fonctions, et modifier aussi considérablement sa nature par des degrés insensibles. On connaît beaucoup de plantes qui produisent régulièrement, en même temps, des fleurs différemment construites ; or, si ces plantes ne produisaient plus que des fleurs d’une seule sorte, un changement considérable s’effectuerait dans le caractère de l’espèce avec une grande rapidité comparative. Il est probable cependant que les deux sortes de fleurs produites par la même plante se sont, dans le principe, différenciées l’une de l’autre par des transitions in-