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244 Objections diverses.  

dans ce cas, son intervention est presque insensible. Enfin, la sélection naturelle a une marche fort lente, et elle réclame pour produire des effets quelque peu prononcés, une longue durée des mêmes conditions favorables. C’est seulement en invoquant des raisons aussi générales et aussi vagues que nous pouvons expliquer pourquoi, dans plusieurs parties du globe, les mammifères ongulés n’ont pas acquis des cous allongés ou d’autres moyens de brouter les branches d’arbres placées à une certaine hauteur.

Beaucoup d’auteurs ont soulevé des objections analogues à celles qui précèdent. Dans chaque cas, en dehors des causes générales que nous venons d’indiquer, il y en a diverses autres qui ont probablement gêné et entravé l’action de la sélection naturelle, à l’égard de conformations qu’on considère comme avantageuses à certaines espèces. Un de ces écrivains demande pourquoi l’autruche n’a pas acquis la faculté de voler. Mais un instant de réflexion démontre quelle énorme quantité de nourriture serait nécessaire pour donner à cet oiseau du désert la force de mouvoir son énorme corps au travers de l’air. Les îles océaniques sont habitées par des chauves-souris et des phoques, mais non pas par des mammifères terrestres ; quelques chauves-souris, représentant des espèces particulières, doivent avoir longtemps séjourné dans leur habitat actuel. Sir C. Lyell demande donc (tout en répondant par certaines raisons) pourquoi les phoques et les chauves-souris n’ont pas, dans de telles îles, donné naissance à des formes adaptées à la vie terrestre ? Mais les phoques se changeraient nécessairement tout d’abord en animaux carnassiers terrestres d’une grosseur considérable, et les chauves-souris en insectivores terrestres. Il n’y aurait pas de proie pour les premiers ; les chauves-souris ne pourraient trouver comme nourriture que des insectes terrestres ; or, ces derniers sont déjà pourchassés par les reptiles et par les oiseaux qui ont, les premiers, colonisé les îles océaniques et qui y abondent. Les modifications de structure, dont chaque degré est avantageux à une espèce variable, ne sont favorisées que dans certaines conditions particulières. Un animal strictement terrestre, en chassant quelquefois dans les eaux basses, puis dans les ruisseaux et les lacs, peut arriver à se convertir en un animal assez aquatique pour braver l’Océan. Mais ce n’est pas dans les